#BdxLogeSesEtudiants

Un an après la rentrée où 800 étudiants bordelais avaient du interrompre leurs études faute de logement, la situation s’est aggravée…

Pour sensibiliser les propriétaires à la situation de crise et les encourager à louer leurs logements aux quelques 90 000 étudiants bordelais, Studapart a déployé les grands moyens

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Les étudiants bordelais face à la crise du logement

Etudiants bordelais répondant à l'appel de l'UNEF
Les étudiants avaient été nombreux à répondre à l’appel de l’UNEF en septembre dernier

Octobre 2017.

La grogne étudiante se déchainait sur les réseaux sociaux, scandant des slogans comme #JuppéHébergeNous ou #etudiantsSDF. Plus d’un mois après la rentrée, ils étaient en effet encore entre 1000 et 1500 à ne pas avoir trouvé un toit, et à devoir trouver des solutions temporaires chez des amis, à l’hôtel ou même dans leur voiture. Dès août, au moment où les étudiants envahissent la ville pour trouver leur nouvelle maison, les agences immobilières ont été forcées de fermer leur store, faute de biens à proposer. Finalement, près de 800 d’entre eux devront quitter Bordeaux et interrompre leur cursus scolaire, faute d’avoir trouvé un gîte. Au-delà de l’absence de logement, c’est le prix du m² étudiant qui faisait grincer : il n’était alors pas rare de devoir débourser près de 600 euros par mois pour un studio de 20m² à peine salubre.

8 mois plus tard, quelles sont les chances de voir ces scènes se reproduire? La situation s’est en fait aggravée.

Olivier Dugrip, recteur de l’académie de Bordeaux:
« louez à des étudiants ! »

Mais pourquoi ce casse-tête bordelais ?

C’est d’abord que la ville attire de plus en plus d’étudiants. A l’image de L’INSEEC, qui a doublé en 2013 la taille de ses locaux en ouvrant un campus de 2700m² quai de Bacalan, les écoles et universités bordelaises créent de nouveaux cursus et s’ouvrent à l’international. En croissance de 3% en 2017, le nombre d’étudiants de l’académie est monté à 90 000, dont 56 000 rien que pour l’université.

C’est aussi que la disponibilité de logements, et en particulier ceux qui se prêtent bien à la location étudiante, se réduisent, provoquant une explosion des prix. Le stock de logements disponible est au plus bas depuis 4 ans, et les prix à la location ont explosé de 11% sur l’année dernière (ce qui représente, il est vrai, une accalmie par rapport aux 27% de l’année précédente). Après la vague de parisiens arrivés avec le TGV, ce sont à présent les investisseurs immobiliers qui se sont emparés du centre-ville, des Chartrons aux Quinconces, pour transformer les appartements en juteuses locations touristiques. Ces dernières sont en hausse de 170% depuis octobre 2016, et les mesures prises par la mairie en début d’année ne suffiront pas à renverser la tendance pour la saison prochaine, même si le nombre d’investisseurs immobiliers est reparti à la baisse cette année, au profit des propriétaires occupants.

Bordeaux n’est enfin pas en mesure de compenser ces tendances de marché par une forte infrastructure de logement étudiante : avec seulement 33 résidences étudiantes, la ville fait pâle figure par rapport par exemple à Lyon, qui es dotée de 96 résidences étudiantes.

Nicole Rascle, vice-présidente de l’université de Bordeaux, a demandé aux enseignants disposant d’une chambre vacante de la louer aux étudiants.

Que faire ?

De nombreuses stratégies d’urgence avaient été déployées l’an dernier : les responsables politiques avaient pris la parole, enjoignant les propriétaires à se tourner vers les étudiants plutôt que les touristes, ou à louer une chambre dans leurs propres appartement. A l’université de Bordeaux, seuls une dizaine membres du corps professoral avaient répondu à l’appel de leur présidente.

Une réponse de la mairie de Bordeaux: la guerre contre la location touristique

Amsterdam. Barcelone. Venise. Berlin. Paris. Et maintenant Bordeaux.

Les difficultés légales s’accumulent pour Airbnb, HomeAway, et les autres plateformes spécialisées dans la location touristique : poussés par des lanceurs d’alerte, à l’image du conseiller municipal Matthieu Rouveyre et de son site observatoire-aribnb.fr, la fronde des municipalités et des locaux qui refusent de voir leurs centre-villes désertés d’habitants et remplis de touristes s’accentue.

Si Bordeaux n’est pas allé jusqu’à complètement interdire ces plateformes, la réglementation (voir ci-dessous) devient de plus en plus prohibitive, et sa mise en exécution est garantie par une « brigade » dédiée localisée dans les bâtiments municipaux.

Comment se positionner si l’on est propriétaire ? Si ces plateformes ont pu représenter une véritable opportunité, avec une rentabilité alléchante et des risques réduits, il faut dès à présent réfléchir à l’après Airbnb. Une chose est sûre : le génie est sorti de la bouteille. Bailleurs et locataires se sont habitués à des transactions en ligne rapides, simples et sécurisées, à des biens meublés hauts de gamme et à des systèmes de notation à deux sens, garants de la qualité de la communauté.

La location meublée de moyenne durée semble être un bon compromis entre la souplesse et la rentabilité d’une location saisonnière désavouée par le législateur, et la sécurité et les incitations fiscales de la location nue.

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Un été pour sensibiliser les propriétaires bordelais: il faut louer à des étudiants

La tribune d'Alexandre Ducoeur, co-fondateur de Studapart (1er juin 2018)

Voilà 4 ans que j’ai fondé Studapart avec Amaury Roland. Nous nous occupons aujourd’hui du service de logement en ligne de plus de 150 écoles et universités dans 42 villes de France. Mais c’est à Bordeaux que je vais concentrer toute mon attention cet été, pendant ces trois mois cruciaux où 70% des étudiants français cherchent à se loger. La situation l’impose.

Notre partenariat avec 17 établissements d’enseignement supérieur bordelais, dont l’Université, Kedge Business School, INSEEC U., Sciences Po, les Beaux-Arts,… nous permet d’anticiper une crise du logement sans précédent à la rentrée prochaine : nous voyons déjà sur notre plateforme une demande de logement bien supérieure à l’offre auprès de résidences, agences ou propriétaires privés, et cette tendance devrait s’amplifier en juillet et août.

C’est pourquoi nos équipes ont mis en place tout un faisceau de mesures, dont ce journal fait partie. Notre objectif et d’alerter les propriétaires bordelais et de leur permettre d’apporter leur pierre à l’édifice : nous avons monté une équipe de communication dédiée sur le terrain, que nous avons doublé d’une équipe support dédiée à la capitale girondine, et offrons un accès gratuit à notre plateforme.

Les opérations de sensibilisation des propriétaires bordelais

Préparation de l'opération

L’opération bordelaise a débuté… dans une salle de réunion parisienne. Pour être sûr de pouvoir l’atteindre, il fallait se mettre dans la peau d’un propriétaire bordelais : que lisait-il le matin, qu’écoutait-il en allant au bureau, de quoi parlait-il avec ses collègues,… Il fallait aussi identifier les messages auxquels il serait sensible. Ont notamment été retenus l’axe de l’empathie avec leurs enfants, la croissance alarmante des locations touristiques dans le centre-ville de Bordeaux, le sérieux et les besoins des étudiants bordelais.

De cette journée de réflexion, nous avons tiré un plan d’action comportant 4 axes :

1. Sensibiliser ceux qui avaient la plus forte assise locale, les commerçants, et les encourager à relayer notre message

2. Informer les propriétaires dans les carrefours qu’ils utilisaient au quotidien, gare, aéroport et marchés, et leur distribuer cafés et journaux

3. Frapper l’imagination des automobilistes se rendant et revenant du travail en mettant sur le bord de la route des autostoppeurs déguisés en étudiants à la recherche de logement

4. Doper la visibilité de la cause avec des opérations de ballons sur les voitures ou de spots à la radio

Place à l’action !

Appeler les commercants bordelais en renfort

Commerçants bordelais se mobilisant pour la crise du logement étudiant

En quelques semaines, les étudiants mobilisés par Studapart ont rendu visite à plus de 700 commerçants bordelais. Equipés d’une carte, de leur smartphone et de fascicules à laisser dans les commerces, ils ont méthodiquement quadrillé les rues de la capitale girondine. Cerise sur le gâteau pour les aider à relayer le message de la crise du logement, ils prenaient un cadre Instagram, avec lequel ils posaient en compagnie du commerçant. Plus de 500 photos ont ainsi été prises puis partagées sur les réseaux sociaux.

Un café monsieur? N'oubliez pas votre journal!

Un journal détaillant les tenants et aboutissants de la crise du logement étudiant à Bordeaux avait été rédigé au préalable, et avait été conçu pour ressembler à l’un de ces quotidiens gratuits distribués à l’entrée des transports en commun. Et c’est exactement ce que Studapart a fait ! A la gare, à l’aéroport où nous avons eu quelques déconvenues et sur les places de marché, les étudiants mobilisés ont distribué près de 11 000 journeaux. Vous voulez y jeter un œil ? C’est par ici:

Journal

 

Vous faites du stop? Non, je cherche un logement

Le trafic routier bordelais est connu pour être un des plus denses de France. Les étudiants mobilisés par Studapart se postaient ainsi à l’entrée des périphériques, en pyjama, et équipés de pancartes comme « Étudiant de Science Po Bordeaux cherche coloc pour septembre ! ». Les habitants n’ont pas tardé à être pris de sympathie pour ces étudiants en détresse : plusieurs ont offert d’héberger nos autostoppeurs ou tout autre étudiant en recherche de logement.

autostoppeurs étudiants
Des autostoppeurs étudiants attirent l'attention des automobilistes sur la crise du logement étudiant

 

Attirer l'oeil (et mettre la puce à l'oreille)

Comment donner une identité visuelle à l’opération de sensibilisation ? Au-delà des étudiants déguisés, des auto-stoppeurs, nous avons accroché plus de 850 ballons aux voitures des propriétaires des quartiers étudiants, redécorant l’ensemble de la rue.

A cette opération visuelle s’est ajouté un spot publicitaire à la radio, pour associer la parole à l’image.

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Un message relayé dans la presse...

La radio

Cette campagne a attiré l'attention de de France info, qui publiait le 7 juillet dernier un article au titre évocateur: Bordeaux : la rentrée s’annonce très compliquée pour les étudiants Au delà de l'action de Studapart, l'article rappelait la situation catastrophique, évoquait pourquoi Airbnb était préféré aux étudiants par les propriétaires bordelais et comment les pouvoirs publics réagissaient à la situation de crise.

Les médias sociaux

Ce sont dans les médias sociaux que l'opération à trouvé le plus large écho, d'abord parce que c'est le canal privilégié des étudiants, mais aussi parce que l'opération a été largement relayée par les commerçants abordés tout au long de l'opération.

Pour faire écho à cette mobilisation et atteindre les propriétaires via les étudiants de leur réseau, nous avons lancé un jeu concours sur Facebook, largement relayé auprès des associations étudiantes locales. Objectif: faire un maximum de bruit en invitant les étudiants bordelais à liker et partager un post dédié à l'opération. A la clef, un mois de loyer offert par Studapart.

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